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Lettre de Thierry Séchan à Renaud
Une lettre poignante de Thierry Séchan, le frère de Renaud, mort musicalement selon ce dernier, qui est encouragé par son frère à ne pas « laisser béton« . Cette lettre annonce la biographie du chanteur « Renaud : Putain de vie » aux Éditions La Martinière, le 12 janvier 2012, du journaliste musical Claude Fléouter.
La lettre
Lettre à mon frère
par Thierry SéchanMon bien cher frère,
Cela fait des années que je ne t’ai pas écrit.
Si ma mémoire est bonne, mes dernières lettres remontent au début des années soixante-dix, lorsque tu avais quitté Paris (mais quitte-t-on jamais Paris ?) pour t’installer en Avignon. Dans les premiers temps, tu avais été hébergé dans l’appartement de notre tante Madeleine, femme médecin attachante et pittoresque. Elle t’avait inscrit au cours Pigier. Toi, le poète, l’artiste, le saltimbanque, au cours Pigier ! Heureusement, cela ne dura pas. Après quelques mois passés dans un studio, en compagnie d’un chaton et de jolies autochtones, tu remontas à Paname dont tu étais toujours amoureux.
À Paris, ce fut la ronde des petits boulots : vendeur de fringues, apprenti garagiste, libraire. Pour arrondir tes fins de mois, tu chantais dans les rues, les cours d’immeubles (qui rapportaient gros, à l’époque où les femmes étaient au foyer et s’y ennuyaient ferme), le métro. C’est là précisément que deux jeunes producteurs, Jacqueline Herrenschmidt et François Bernheim, te remarquèrent. En studio, ils te demandèrent de leur chanter tout ton répertoire, ce que tu fis d’autant plus volontiers que celui-ci à l’époque était plutôt maigrelet. Les deux producteurs retinrent la quasi-totalité de tes chansons.
Et ce fut « Amoureux de Paname », où figurait l’emblématique « Hexagone ». J’avoue que ce premier album me laissa… perplexe. Tu ne chantais pas très bien, tes musiques étaient plutôt frustes (trois chansons en do-sol septième !) et tes paroles… Certes, c’était original, mais c’était aussi un peu bancal.
Quatre mille exemplaires vendus. C’était peu, bien sûr, mais ce n’était pas l’essentiel. L’essentiel, c’était que des critiques (Jacques Erwan, notamment) avaient tendu l’oreille. L’essentiel, c’est que des maisons de disques concurrentes de Polydor (Barclay en premier lieu) avaient bien envie de te « signer », toi, si atypique, si étranger à toute la production de l’époque.
Mais tu resignas chez Polydor, et ce fut « Place de ma mob », l’album qui te lança définitivement. Outre le tube « Laisse béton », l’opus contenait quelques petits chefs-d’œuvre d’humour et de poésie, tels que « Germaine », « Adieu minette », « Je suis une bande de jeunes », « Les Charognards » ou « La Bande à Lucien ».
Peu de temps après la sortie de « Place de ma mob », tu fus programmé au théâtre de la Ville. Lorsque je te vis apparaître sur scène, je sus que tu allais devenir un grand artiste français, peut-être le plus grand.
La machine était lancée et elle ne s’arrêterait plus, à moins que tu n’en décides autrement.
En 1980, tu sortis « Marche à l’ombre », un album d’une rare violence. Cette fois, le gentil loubard était devenu l’ange noir, comme en témoignait la pochette. De « Marche à l’ombre » à « Où c’est que j’ai mis mon flingue ? », tu déclinais toutes les violences, des plus pittoresques (« L’Auto-Stoppeuse ») aux plus déchirantes (« Mimi l’ennui »). Succès considérable.Après le merveilleux Bobino, après l’Olympia, c’est au Zénith que tu vas triompher, ce Zénith que François Mitterrand, notre cher président, inaugurera en ta présence en 1984.
En 1982, ce fut « Le Retour de Gérard Lambert », un album un peu moins réussi que le précédent, mais d’une excellente facture. On retiendra le tonifiant « Mon beauf », les déchirants « Manu
et La Blanche », ou encore le roboratif « Étudiant poil aux dents ».À l’été 1983, avec Jean-Louis Roques, ton accordéoniste fétiche (tous les autres musiciens étaient américains), tu t’envolas pour Los Angeles, la mégapole inhumaine. Là, tu allais enregistrer l’un de tes plus beaux disques, « Morgane de toi » (musique du regretté Franck Langolff), ton premier album à passer la barre du million d’exemplaires. Un album drôle, émouvant, poétique.
La suite fut moins heureuse. Tu avais accepté – avec mon approbation, hélas – de participer au Festival international des jeunes et des étudiants à Moscou. Et ce fut une catastrophe. Ton concert se déroule en plein air, devant six mille spectateurs triés sur le volet. Sans être enthousiastes (les Russes ne te connaissent pas, après tout, même si on a distribué aux invités des traductions de tes textes), l’accueil est poli. Mais, en milieu de récital, au moment précis de « Déserteur », quand tu chantes « Quand les Russes, les Ricains / F’ront sauter la pla- nète », deux mille spectateurs se lèvent et quittent les lieux. Humiliation.
À la fin du concert, en coulisses, tu laisses exploser ta colère devant les organisateurs. Mais le mal est fait. D’autant qu’une équipe de FR3 a tout filmé… Après la diffusion en France, sarcasmes et quolibets fuseront. Ce fut ta première blessure, le début d’un profond malaise qui allait marquer ta vie. Par la suite, tu m’appris que tes angoisses étaient beaucoup plus anciennes, ce dont je pris acte. Ton malaise perdura, augmenta, jusqu’à atteindre son paroxysme vers 1995.
Puis tu repris tes tournées, de Zénith en Zénith, tournées harassantes mais triomphantes. Désormais, ton public était intergénérationnel, tous âges et toutes classes sociales confondus.
En 1985, tu repartis enregistrer à Los Angeles. Cette fois, j’étais du voyage. Depuis trois ans, en effet, j’étais « directeur artistique » de tes éditions musicales. Pour toi, c’était une façon comme une autre de me sortir de la mouise. Appartement de fonction dans le Marais et carte bleue société qui me permettait d’entretenir, midi et soir, tous les parasites du quartier.Toi et moi étions accompagnés par Jean-Philippe Goude, brillant arrangeur et réalisateur, mais aussi, hélas, sinistre compagnon de voyage. Si je me souviens bien, je ne crois pas l’avoir vu sourire une seule fois. N’importe. Son rôle dans la réalisation de cet album mythique fut prépondérant. Ambiance un peu tristounette, donc. Il te manquait une ou deux chansons. Par un bel après-midi californien je te vis écrire et composer à la guitare, en moins d’une heure, sur un canapé du studio, ton pur chef-d’œuvre, « Mistral gagnant ». Goude eut l’idée de génie (après coup cela paraît évident) de transcrire le morceau pour le piano. Avec les fameuses petites notes d’introduction et de conclusion.
Hélas, je ne vis pas la fin du disque. Au bout de quinze jours, établissant le bilan de notre « collaboration », je réalisai que je n’avais pas écrit une ligne et pas lu un seul livre en trois ans… Cela ne pouvait plus durer. Je te laissai un petit mot dans notre appartement et je filai à l’aéroport, direction Paris. Adieu, le logement de fonction ! Adieu, la carte bleue société ! Mais bonjour, ma liberté !
Le succès de « Mistral gagnant » fut triomphal. Une fois de plus, tu dépassas allègrement la barre du million d’exemplaires. Virgin, ta nouvelle maison de disques, rayonnait. Pour autant, tu n’allais guère mieux. Toujours ce même vague à l’âme, toujours ce désir d’oublier (quoi exactement ?) et, de plus en plus souvent, de noyer ton imparable malaise dans soixante-quinze centilitres d’alcool.D’autant que les années à venir n’allaient pas être roses. À quelques mois près, tu perdis ton grand ami Pierre Desproges, puis ton vieux pote Coluche, le parrain de Lolita. C’est à Coluche que tu allais dédier « Putain de camion », un album noir, au propre et au figuré (la pochette était toute noire, avec juste un bouquet de coquelicots au milieu), un album qui se vendit beaucoup moins bien que les deux précédents, pour l’excellente raison que tu avais refusé d’en faire la promotion.
Et tu déclinais… L’alcool devenait plus régulier, il te faisait office d’antidépresseur. Tu étais gagné par la paranoïa. Bientôt, Dominique ne put plus supporter cette vie. Elle te pria de déménager. Tu t’installas dans un grand appartement juste au-dessus de la Closerie des lilas. Naturellement, tu ne pus y vivre seul… Et c’est ainsi que, quelques semaines après, je vins habiter avec toi dans ce logement de deux cent trente mètres carrés.
Cinq ans sans dessaouler, ou presque. Cinq ans dans une solitude extrême, malgré la présence constante de tes proches. Et ton public qui attendait, qui attendait ton retour, un nouvel album, ton public presque aussi désespéré que toi…
Enfin, il y eut la bouée, le canot de sauvetage, sous la forme d’une jolie chanteuse nommée Romane Serda. Tu en tombas éperdument amoureux, tu produisis son album, tu l’épousas, tu lui fis un bel enfant, Malone. Surtout, tu enregistras « Boucan d’enfer », un magnifique album qui se vendit à plus de deux millions d’exemplaires.
Hélas, depuis quelque temps rien ne va plus. Tes vieux démons ont repris le dessus. Ton couple se délite, l’alcool a refait son apparition… La déprime est là, omniprésente. Tu dis à qui veut l’entendre que tu ne peux plus chanter. Je n’arrive pas à y croire. Un artiste n’arrête jamais de créer, voyons ! À moins qu’il ne se suicide, bien sûr… Mais il est vrai que ton comportement actuel s’apparente à un lent suicide, un suicide à petit feu. Que faire ? Te regarder sombrer les bras croisés ? Inimaginable ! Pour reprendre le slogan que tu avais fait imprimer dans » Le Matin de Paris » en 1988 afin d’inciter Tonton à se représenter : « Renaud, laisse pas béton ! »
Crédit Photo : Abaca
Source Purecharts.fr
9 Commentaires
C’est très beau et émouvant.
Je ne vois pas l’intérêt de le rendre public, mais ca explique pas mal de chose sur sa vie, simplement. On ne voit pas trop le lien de fraternité non plus
Je ne connais pas bien Renaud et je pense que pour beaucoup ce doit être pareil. Alors une telle lettre rendue publique peut rattacher le public au chanteur. Le faire connaitre ; le reconnaitre, je pense que le frangin donne ainsi l’amorce au chanteur de sortir le tête de l’eau (anisée) courage Renaud, on t-aime plus que Johnny !
le contenu de la lettre… je connaissais tout cela
des dizaines d’années à aimer Renaud. la déprime je la gère en écoutant la musique mais ce n’est certainement pas la même déprime. je me dope en écoutant des merveilles comme « la médaille » ou encore « il pleut » et bien d’autres encore. mais que puis je pour toi Renaud ? certainement pas grand chose à part de dire qu’égoïstement j’ai encore besoin t’entendre de belles choses. tiens debout s’il te plait je ne peux pas croire que tout cet amour qui t’a dicté ces merveilles ne suffit plus à te guérir.
T’as écrit « Putain de camion » en l’honneur d’un grand homme, j’ai juste envie de dire « Putain de jaune » en l’honneur de ce chanteur que tu représentes et qui a bercé mon enfance et ma vie jusqu’à aujourd’hui…
Laisse béton le soulard Renard, c’est ta came OK, mais regardes nous dans nos HLM, le H on l’aime mais on en oublie pas notre vie. Je m’appelle Pierre, Pierrot pour mes pots, une de tes plus belle chanson. Elles sont la pour nos déprimes, elles sont là pour les jours heureux, elles nous ont vu grandir et nous ont fait murir.
Mistral Gagnant, c’était la sonnerie quand mon elle m’appelait… pendant 7 ans. Mais t’avais raison, une de perdue, c’est 10 copains qui r’viennent. Et aujourd’hui en voilà une autre, et j’écoute toujours tes chansons, la vie continue pour nous, donc pour toi aussi garçon. Bat toi. Le suicide c’est pour les cons, et si le roi des cons perdait son trône, y’aurait 60millions de gens pas bien… faute de gens moulin.
Pierrot.
TL.DR
Cela n’empêche pas que j écouterais Renaud jusqu’au bout
@Putain de jaune
C’est toi qui aurai du écrire une lettre pour Renaud. Tu as 100% raison, et t’es plus émouvant que son frère (qui, lui, a besoin de revoir Renaud sur le haut de la scène pour qu’on puisse parler de sa petite personne, pauvre Thierry!)
Ce putain de jaune chez Renaud, qui fait que depuis 28 ans je n’ai que ses anciennes berceuses à écouter, et plus de nouvelles. Pour moi Renaud est mort en sortant « Boucan d’enfer ». Comme si son point fort était de montrer sa déprime! On préfère toujours ce genre d’artiste après leur mort (cf Gainsbourg, Rapsat, Coluche bien sur, et tant d’autres) mais on aime pas les déprimés!
La haine ça n’apporte rien,
Pis elle viendra bien assez tôt.
La mort aussi. Debout!
« Thierry si tu m’écoute »… j’aimerais t’envoyer un message perso.
André.
Alors Renaud, plus d’indignation ? Tun’écoutes plus la souffranc des autres, il y a ceux qui fêtent leur victoire dans un grand hôtel parisien et ce jour des mamies qui ont fait les poubelles pour manger.
Arrêtes de pleurer sur ton sort, toi le poète libre penseur, qui boit des coups à combien le verre , hein? alors que d’autres crèvent dans la rue une bouteille de vieux rouge à la main.
Nous avons tous des blessures mais nous nous n’avons eu ni le succès ni l’argent.
Où es tu dans tes vapeurs d’alcool ? Penses à nous ?
Notre société ne t’inspire plus rien, serais tu devenu lache.
Tu ne dois pas nous abandonner, moi je chanterai bien
» AH CA IRA CA IRA CA IRA LE CAC 40 LES MULTINATIONALES LES POLITIQUES ON LES PENDRA, les friqués les frileux les cons les racistes ……
DIS OU ES TU ? TU FAIS COMMES LES 3 PETITS JE NE VOIS RIEN? JE N’ENTEND RIEN? ET SURTOUT JE NE DIS RIEN !……………..
Bon sang, comment crois tu qu’on avance nous, en regardant enb arrière , en pleurant sur note sort,
COLUCHE N’UARAIT PS BAISSER LES BRAS, AMI
ON T’ATTEND!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!…………………………….
L
>RENAUD lache rien!! revien vite!
tu nous manque depuis un long moment deja!!!!
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