Tuxboard - « C'est non seulement faux, mais dangereux » : ce que cache vraiment la tendance cortisol face qui explose sur TikTok

La tendance TikTok cortisol face cumule des millions de vues. Un médecin explique pourquoi ces vidéos sont fausses et potentiellement dangereuses.

La tendance TikTok autour de la « cortisol face » ne montre aucun signe d’essoufflement. Apparue à l’été 2024, elle a généré plus de 2,5 millions de vues sous le hashtag #cortisolface, tandis que #moonface culminait à plus de 93,9 millions. Deux ans après, cette vague virale continue de saturer les fils d’actualité, portée par des vidéos « avant/après » au ton toujours plus affirmatif.

Des influenceurs qui alimentent la tendance cortisol face sur TikTok

Parmi les comptes les plus actifs, l’influenceuse Anémone Héry (@anemonehery, 551 000 abonnés, spécialisée « perte de poids ») multiplie les vidéos intitulées « 5 conseils pour baisser le cortisol » ou « 4 choses à faire pour baisser ton cortisol ». Elle renvoie en bio vers un pack de compléments alimentaires vendu en affiliation, baptisé « DUO – Berbérine – Cortisol Balance ».

De son côté, la créatrice Anna Vaneta (@annavaneta, 61 000 abonnés, compte sport et nutrition) a dépassé les 51 000 likes avec une vidéo intitulée « 10 tips pour baisser ton cortisol ». Elle y détaille son protocole personnel : attendre trente minutes avant de toucher son téléphone le matin, éviter le café à jeun, prendre un complément de magnésium, opter pour un petit-déjeuner salé, et écouter de la musique relaxante ou une méditation guidée sur YouTube.

Ainsi, cette tendance TikTok pousse des millions d’utilisateurs à se diagnostiquer eux-mêmes un excès de cortisol, sur la seule base de l’apparence de leur visage au réveil. Or, aucune étude scientifique n’étaye l’efficacité des méthodes proposées.

« D’un point de vue médical, on ne peut pas réellement identifier un excès de cortisol simplement en regardant notre visage le matin. »

Massages, gua sha et compléments : des solutions sans preuve

Pour « dégonfler » leur visage, les créateurs de contenu recommandent massages lymphatiques, gua sha, rouleaux de jade, compresses froides, rituels « anti-stress » et compléments alimentaires « anti-cortisol ». Ces méthodes sont présentées comme la solution définitive, sans aucune base scientifique pour les valider.

En revanche, le Pr Hansel est catégorique sur le fond médical. Le cortisol est une hormone indispensable, c’est elle qui permet de se lever le matin. Pourtant, « elle fluctue énormément en fonction du moment de la journée et de ce qu’on fait dans la vie », explique-t-il. Il compare cette variation à l’humeur : un mauvais jour ne signifie pas un trouble avéré.

  • Massages lymphatiques recommandés sans preuve d’efficacité
  • Gua sha et rouleaux de jade présentés comme solutions anti-gonflement
  • Compléments alimentaires « anti-cortisol » vendus en affiliation
  • Rituels matinaux diffusés sans validation médicale
  • Vidéos « avant/après » au ton affirmatif qui renforcent l’auto-diagnostic

Un diagnostic médical impossible à l’œil nu

Il existe bien une maladie liée à un excès réel de cortisol : l’hypercortisolisme, aussi appelé syndrome de Cushing. Pourtant, cette pathologie reste très rare, avec seulement 40 à 70 cas sur un million de personnes selon les estimations américaines. Elle se manifeste par un visage lunaire, rond et rosé, associé à une prise de graisse abdominale.

En dehors de ce syndrome précis, le Pr Hansel est sans appel : « C’est non seulement faux, mais dangereux de raconter des choses pareilles. » Ainsi, la tendance TikTok autour de la cortisol face repose sur une confusion entre un symptôme clinique rare et une simple apparence matinale perçue comme anormale.

Par conséquent, des patients arrivent désormais en consultation persuadés d’un trouble hormonal inexistant. Le Pr Hansel alerte sur ce phénomène : ces vidéos « peuvent déclencher non seulement un complexe, un mal-être, et puis une obsession de faire ceci ou cela pour corriger » un problème qui n’existe pas.

Un danger psychologique réel pour les spectateurs

Le Pr Hansel voit arriver en consultation des patients convaincus d’un dysfonctionnement hormonal. Il regrette : « On n’a déjà pas assez de médecins qui ont du temps médical pour s’occuper des malades. » De plus, cette situation mobilise des ressources médicales précieuses pour des motifs non fondés.

En revanche, il ne se contente pas de dénoncer le phénomène en cabinet. Il consacre une partie de son activité à la vulgarisation, en collaborant à la chaîne YouTube PUMS (Pour une Meilleure Santé), soutenue par l’Université Paris Cité. « Il faut être sur le terrain, on ne peut pas lutter contre ça en consultation », affirme-t-il.

Comment repérer une information fiable face à une tendance virale

Face à la montée des vidéos santé sur les réseaux sociaux, le Pr Hansel propose trois critères concrets pour évaluer une source. D’abord, la personne qui parle est-elle diplômée d’État en santé ? Un coach ou un naturopathe ne l’est pas légalement. Ensuite, y a-t-il un intérêt commercial, c’est-à-dire un produit ou une méthode à vendre ? Enfin, l’information est-elle validée par les autorités de santé comme Santé publique France, l’OMS ou l’Assurance maladie ?

Sur la « cortisol face », ces trois critères sont négatifs. Par conséquent, le Pr Hansel déplore que ce type de contenu « fasse perdre la hiérarchie des connaissances en médecine ». La tendance TikTok place ainsi sur le même plan un influenceur sans formation médicale et un spécialiste hospitalier.

La recette du succès de cette tendance TikTok tient selon lui en deux ingrédients : « C’est concernant, puisque tout le monde est concerné par ça ou presque, et il y a de l’émotion. » Ce mécanisme se retrouve dans la plupart des phénomènes viraux liés à la santé. D’abord, on se reconnaît dans une vidéo. Ensuite, on ressent une émotion. Enfin, on se voit proposer une solution immédiate. Ce schéma est aussi amplifié, selon d’autres endocrinologues, par la culture de l’auto-diagnostic chez les jeunes générations.