Canicules, réacteurs ralentis, prix bas des panneaux solaires et pourtant le marché européen stagne. Les raisons de ce paradoxe décryptées.
Alors que les canicules se succèdent en Europe et que plusieurs systèmes de production d’électricité peinent à tenir la cadence, les panneaux solaires semblent être la réponse toute trouvée. Pourtant, le marché photovoltaïque européen marque le pas, dans un paradoxe que les professionnels du secteur peinent à expliquer simplement.
Un réseau électrique européen sous pression climatique
Les vagues de chaleur répétées ont mis à nu la fragilité du mix énergétique européen. Des réacteurs nucléaires ont dû réduire leur production, car la température des rivières servant à leur refroidissement a trop augmenté. Au Royaume-Uni, des centrales à gaz ont suspendu leur activité pour des raisons similaires lors des épisodes de canicule.
La production hydroélectrique n’a pas été épargnée non plus. La sécheresse a touché plusieurs pays, et le Danube a atteint un niveau historiquement bas, perturbant la fourniture d’électricité dans plusieurs États d’Europe centrale. En parallèle, la demande a fortement progressé sous l’effet du recours massif à la climatisation. Ce double choc, côté offre et côté demande, a rendu la situation particulièrement tendue.
Face à ce tableau, accélérer le déploiement des énergies renouvelables paraît être la réponse logique. Martin Schachinger, de la plateforme pvXchange, le formule clairement : les gouvernements restent largement silencieux et privilégient des mesures à court terme plutôt que de faire de la production renouvelable une priorité. L’incertitude sur les politiques énergétiques et les conditions d’investissement freine concrètement les décisions d’installation.
Pourquoi les prix des panneaux solaires ne remontent pas
Le marché attendait un rebond des tarifs. La Chine avait pourtant pris des mesures cette année pour réduire la surcapacité qui frappe son industrie photovoltaïque : les fabricants ont été encouragés à diminuer leur production et à écouler leurs stocks excédentaires. L’objectif affiché était de mettre fin à la guerre des prix qui pèse sur le secteur depuis plusieurs années.
Mais dans les faits, ces mesures n’ont pas produit les effets escomptés. Plutôt que d’arrêter définitivement certaines lignes de production, ce qui leur ferait perdre des parts de marché, de nombreux fabricants ont simplement ralenti ou mis temporairement à l’arrêt une partie de leurs capacités. La réduction de la surproduction est donc bien inférieure aux prévisions, et l’offre reste supérieure à la demande.
Selon pvXchange, les prix des panneaux solaires ont légèrement baissé ou stagné pour la plupart des catégories lors de sa dernière publication. Seuls les modèles à haute performance ont affiché une hausse d’environ 3 % par rapport au mois précédent. Mais cette progression est à nuancer : pvXchange a modifié son mode de calcul ce mois-ci en relevant à 23,5 % le seuil de rendement qui sépare les panneaux standards des modèles haute performance. Sans ce changement de classification, les prix des modules les plus efficaces seraient restés stables, et ceux des modèles moins performants auraient même légèrement reculé. La hausse affichée reflète donc davantage un effet de reclassement qu’une vraie reprise des tarifs.
Ce que la stagnation du marché signifie concrètement
Malgré des prix historiquement bas, le marché photovoltaïque européen ne décolle pas. Les données d’exportation chinoises montrent que si l’Europe reste la principale région destinataire des panneaux solaires produits en Chine, les commandes ont reculé en juillet dans plusieurs pays. Les Pays-Bas, la Belgique, l’Espagne, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont tous enregistré une baisse de la demande ce mois-là. Cette tendance a été partiellement compensée par une progression des commandes en France, en Slovénie et en Grèce.
- Pays-Bas : baisse des commandes de panneaux solaires en juillet
- Belgique, Espagne, Allemagne et Royaume-Uni : recul de la demande sur la même période
- France, Slovénie et Grèce : progression des commandes, compensant en partie le repli
- Europe : première région d’exportation des modules photovoltaïques chinois
Pour autant, les carnets de commandes des installateurs restent bien remplis. Une partie des acheteurs cherche à finaliser leurs projets avant une possible dégradation des conditions d’aide, attendue dès le quatrième trimestre 2026 ou l’année suivante. C’est cet effet d’anticipation qui expliquerait en grande partie la stagnation actuelle des ventes, plus qu’un désintérêt réel pour le solaire.
Panneaux solaires : une adoption freinée par l’incertitude politique
Au-delà des dynamiques de prix, c’est l’instabilité du cadre réglementaire qui pèse le plus sur les décisions d’investissement. Les particuliers et les entreprises hésitent à s’engager quand les règles du jeu peuvent changer d’une année à l’autre. Cette incertitude, pointée par les experts de pvXchange, constitue l’un des principaux obstacles à une adoption plus large des panneaux solaires en Europe.
La situation actuelle illustre ainsi un décalage profond entre les besoins énergétiques révélés par les canicules et la capacité du marché à y répondre rapidement. Les prix bas des modules photovoltaïques ne suffisent pas à déclencher une accélération des installations tant que les signaux politiques restent flous. Pour les professionnels du secteur, la vraie question n’est donc plus technique ni économique, mais avant tout une question de volonté et de clarté des gouvernements.