Tuxboard - Fuites de GTA 6 : Take-Two remonte la piste d'une crypto lancée avant la 1re vidéo

Take-Two a découvert une cryptomonnaie lancée avant les premières fuites de GTA 6. Un montage financier qui a généré jusqu'à 22 millions de dollars.

Une cryptomonnaie lancée trois jours avant la première vidéo volée, des millions de dollars générés sur le dos du jeu le plus attendu de la décennie : derrière les fuites de GTA 6, Take-Two a découvert un montage financier soigneusement préparé, bien loin du simple acte militant que son auteur revendique.

Un système financier monté avant les premières images de GTA 6

Le compte Cyberleek a commencé à diffuser des extraits de gameplay volés à partir du 18 août, semant la panique chez Rockstar Games et sa maison mère Take-Two. Ces séquences montraient une version apparemment jouable du titre, avec suffisamment de détails pour convaincre la communauté de leur authenticité. Rockstar n’a pas confirmé leur nature, mais Take-Two a immédiatement multiplié les demandes de suppression auprès des plateformes.

Or, en remontant les transactions publiques enregistrées sur la blockchain Solana, les enquêteurs ont mis au jour un calendrier révélateur. La cryptomonnaie baptisée Cyberleek avait été lancée le 15 août, soit trois jours avant la mise en ligne de la première fuite. La monnaie était donc prête avant que la moindre vidéo ne circule. Ce n’est pas un hasard de timing : c’est la preuve d’une stratégie construite à l’avance.

Le montage repose sur une mécanique simple mais efficace. Environ 25 000 dollars (près de 21 400 euros) ont d’abord été collectés via un portefeuille intermédiaire, alimenté par 47 versements provenant de 13 adresses distinctes. Un milliard de jetons ont ensuite été émis. La popularité mondiale de GTA 6 a fait grimper la valeur du jeton sans qu’aucun actif réel ne le soutienne. De plus, des frais prélevés automatiquement sur chaque transaction revenaient directement au portefeuille du créateur, générant ainsi des revenus à chaque échange.

Des chiffres qui donnent le vertige

La capitalisation du jeton Cyberleek est partie de presque rien pour atteindre environ 22 millions de dollars (près de 19 millions d’euros). Les volumes d’échange ont parfois dépassé 100 millions de dollars (près de 86 millions d’euros) sur une seule journée, selon les données de CoinGecko. Un écart vertigineux avec les quelques milliers de dollars investis au départ.

Pour entretenir l’image d’une démarche désintéressée, 270 millions de jetons placés en réserve ont été détruits le 22 août, pour une valeur estimée à 795 000 dollars (environ 680 000 euros). Ce geste, présenté comme un sacrifice, relève davantage de la communication que de la générosité : il vise à renforcer la crédibilité du personnage auprès de ceux qui auraient acheté des jetons.

Cyberleek se présente pourtant en défenseur des joueurs. Son manifeste réclame la fin des précommandes numériques, des contenus téléchargeables vendus séparément et des boîtes de jeux ne contenant qu’un code de téléchargement. Mais la chronologie du lancement de la cryptomonnaie contredit ce récit militant.

La riposte judiciaire de Take-Two et ses effets collatéraux

Face à ces fuites, Take-Two a choisi la voie des tribunaux. Dès le 20 août, l’éditeur a obtenu d’une cour fédérale de New York une injonction visant Microsoft et Discord. Le lendemain, une requête similaire a été adressée à X. Ces démarches s’appuient sur le DMCA, la loi américaine sur le droit d’auteur, qui permet d’exiger d’une plateforme les informations permettant d’identifier un contrefacteur présumé.

Le compte de Cyberleek a depuis été suspendu sur X, et son canal Telegram a subi le même sort. Sa présence se limite désormais à un site web, où il propose aux internautes de voter pour sa prochaine révélation en échange d’un paiement en cryptomonnaie.

Pourtant, la portée de ces requêtes judiciaires soulève des questions. D’après Kotaku, la demande adressée à Discord ne cible pas uniquement le compte de Cyberleek. Elle réclame les données de l’ensemble des membres d’une liste de serveurs, couvrant la période du 1er juin à aujourd’hui : adresses e-mail, adresses IP, numéros de téléphone, comptes Xbox et Google associés. Parmi les serveurs visés figure celui des monteurs du streamer Matthew Judge, connu sous le pseudo DarkViperAU, qui affirme n’avoir aucun lien avec l’affaire.

  • Lancement de la cryptomonnaie Cyberleek : 15 août, trois jours avant la première fuite
  • Collecte initiale : environ 25 000 dollars via 47 versements depuis 13 adresses
  • Capitalisation maximale atteinte : environ 22 millions de dollars
  • Volume d’échange journalier record : plus de 100 millions de dollars
  • Jetons détruits le 22 août : 270 millions, pour une valeur estimée à 795 000 dollars

Un feuilleton qui dépasse le seul cas des fuites de GTA 6

Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large. Dans l’industrie tech, les fuites avant une grande sortie sont devenues un phénomène récurrent, des smartphones aux jeux vidéo. Faire supprimer des contenus au nom du droit d’auteur est aussi un réflexe bien établi : Samsung a procédé de la même façon en supprimant le message d’un journaliste quelques semaines auparavant.

Du côté des joueurs eux-mêmes, le soutien à Cyberleek est loin d’être unanime. Moritz Katzner, directeur général de Stop Killing Games, principal mouvement de défense contre la disparition des jeux, a appelé publiquement à ne pas financer le pirate. Il juge les moyens employés illégaux et rappelle que les développeurs de Rockstar sont eux aussi affectés par ces actions.

Le jeu reste attendu pour le 19 novembre sur PS5 et Xbox, et rien n’indique pour l’instant que ces fuites décaleront la date de sortie. La procédure judiciaire, en revanche, promet de s’étirer bien au-delà de la sortie du titre.