Tuxboard - Nintendo fait tomber 400 dépôts d'émulateurs Switch sur GitHub en un jour

Nintendo a supprimé plus de 400 dépôts d'émulateurs Switch sur GitHub en un jour via 7 demandes DMCA. Le code, lui, réapparaît presque aussitôt.

Plus de 400 dépôts de code effacés en une seule journée : pour les amateurs d’émulation sur PC ou smartphone, le coup est rude. En déposant sept demandes de retrait DMCA simultanément auprès de GitHub, Nintendo a déclenché une opération d’une ampleur rarement vue sur la plateforme d’hébergement de code.

Sept demandes, plus de 400 dépôts supprimés en un jour

GitHub est la plus grande plateforme d’hébergement de code au monde. C’est là que Nintendo a concentré son offensive, en soumettant ses sept notices le même jour. D’après le décompte réalisé par TorrentFreak, ces demandes ont entraîné la suppression de plus de 400 dépôts liés à des émulateurs Switch. Pour quiconque cherche à faire tourner des jeux Switch sur PC ou sur téléphone, les sources disponibles se font donc encore plus rares.

Le projet le plus touché est Suyu, né après la fermeture de Yuzu. Il représente à lui seul 311 des dépôts supprimés. Parce que son réseau dépassait les 100 dépôts, GitHub a traité l’ensemble de la grappe en une seule opération. Deux autres projets ont aussi disparu : Skyline, un émulateur Switch conçu pour Android et pourtant abandonné par ses créateurs dès 2023, avec 29 dépôts retirés, et MonoNX, écrit en C#, avec 17 dépôts supprimés.

L’argument juridique que Nintendo répète à chaque vague

Dans chacune de ses sept demandes, le géant japonais avance le même raisonnement. Ces émulateurs utiliseraient des copies non autorisées des clés de chiffrement qui protègent ses jeux, ce qui constituerait une violation du DMCA, la loi américaine sur le droit d’auteur. Pour appuyer cette position, deux décisions de justice sont citées.

  • Le règlement à l’amiable de 2024 avec Tropic Haze, éditeur de Yuzu, conclu pour 2,4 millions de dollars.
  • La condamnation du streamer Jesse Keighin, alias « EveryGameGuru », à 17 500 dollars en octobre de la même année.
  • Aucune de ces deux affaires n’a tranché la question de l’émulation sur le fond.
  • GitHub affirme examiner chaque demande avec soin et pencher pour le développeur en cas de doute.

Pourtant, le précédent créé par l’affaire Yuzu rend désormais ces retraits quasi automatiques. La plateforme ne s’y oppose pas réellement, car le cadre juridique penche clairement en faveur du détenteur des droits dès lors qu’une demande DMCA est formulée.

Un cycle sans fin entre suppressions et résurgences

Ce qui frappe dans cette stratégie, c’est sa répétition. Yuzu a réglé son litige début 2024. Ryujinx a fermé en octobre de la même année. Depuis, les projets successeurs tombent les uns après les autres, au rythme des nouvelles vagues de retraits. Nintendo multiplie ces opérations depuis des mois, sans jamais parvenir à éradiquer durablement le phénomène.

Car obtenir un retrait sur GitHub est une chose. Empêcher le code de réapparaître en est une autre, bien plus difficile. Les dépôts forkés ou copiés ressurgissent souvent plus vite que les demandes ne les effacent. C’est précisément ce paradoxe qui rend cette bataille aussi longue que répétitive.

Cette nouvelle offensive intervient alors que la Nintendo Switch 2 est désormais sur le marché. La protection de l’écosystème de la nouvelle console représente donc un enjeu commercial direct, ce qui explique l’intensification des actions juridiques. Pour les développeurs de ces projets open source, la pression ne faiblit pas, et chaque nouveau fork devient une cible potentielle pour la prochaine vague.