« Les jeunes ne veulent plus travailler », « ils veulent tout sans faire d’efforts », « ils passent leur temps sur leur téléphone »… Le procès fait aux nouvelles générations n’a rien de nouveau. Mais que disent réellement les chiffres ? Les dernières données disponibles en 2026 dessinent un portrait beaucoup plus complexe de la génération Z. Entre évolution du marché du travail, études plus longues, recherche de flexibilité et transformation des attentes professionnelles, la prétendue « génération des fainéants » mérite surtout qu’on regarde les statistiques.
Il suffit parfois d’une discussion entre générations pour entendre la même phrase revenir : « Les jeunes d’aujourd’hui ne veulent plus travailler. »
Le cliché est tenace.
La génération Z, qui regroupe généralement les personnes nées entre la fin des années 1990 et le début des années 2010, serait moins ambitieuse, moins travailleuse et beaucoup plus attachée à son temps libre que ses parents ou ses grands-parents.
Mais avant de parler de paresse, encore faut-il savoir ce que l’on mesure.
Le temps passé au travail ? Le nombre d’heures travaillées ? Le taux d’emploi ? L’investissement professionnel ? Le nombre d’années d’études ? Ou simplement l’envie de ne pas sacrifier toute sa vie à son entreprise ?
Les chiffres récents montrent que la réponse est loin d’être aussi simple.
Les jeunes travaillent-ils réellement moins ?
Les données publiées par l’Insee en mars 2026 permettent déjà de remettre quelques idées en perspective.
En 2025, 69,3 % des personnes âgées de 15 à 64 ans étaient en emploi en France, soit le niveau le plus élevé depuis que l’Insee mesure cet indicateur, en 1975. Le taux d’activité, lui, atteignait également son plus haut niveau depuis 50 ans.
Chez les 15-24 ans, le taux d’emploi atteignait 34,5 % en 2025.
Il faut évidemment interpréter ce chiffre avec prudence : une grande partie des jeunes est encore scolarisée. Mais l’Insee souligne également que l’alternance a fortement contribué à la progression de l’emploi des jeunes depuis la crise sanitaire.
Difficile donc d’utiliser les statistiques de l’emploi pour démontrer simplement que les jeunes auraient décidé de ne plus travailler.
Ils travaillent peut-être autrement
Le véritable changement se situe davantage dans le rapport au travail.
Les jeunes actifs sont arrivés sur un marché du travail très différent de celui connu par leurs parents.
Télétravail, horaires flexibles, missions courtes, reconversion, travail indépendant, plateformes numériques et développement de l’intelligence artificielle ont transformé les possibilités professionnelles.
Les attentes ont également évolué.
Pour une partie des jeunes actifs, travailler énormément n’est plus nécessairement considéré comme une preuve d’ambition.
La réussite peut désormais être associée à d’autres critères : équilibre entre vie professionnelle et vie privée, autonomie, flexibilité ou possibilité de choisir son lieu de travail.
Cette transformation est particulièrement visible dans le développement du travail hybride.
En 2025, 19,7 % des salariés français télétravaillaient au moins un jour par semaine, selon l’Insee, soit 1,5 point de plus qu’en 2024.
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Non, travailler moins d’heures ne signifie pas forcément être paresseux
Il existe également une confusion fréquente entre temps de présence et productivité.
Un salarié peut rester dix heures dans une entreprise sans être productif pendant dix heures.
À l’inverse, certaines activités peuvent produire beaucoup de résultats avec une durée de travail plus courte.
Les statistiques de la Dares montrent qu’en 2025, les actifs ont travaillé en moyenne 1 585 heures sur l’année, soit 36,8 heures au cours d’une semaine habituelle. Pour les salariés à temps complet, la durée hebdomadaire habituelle était de 38,9 heures.
La durée annuelle effective a cependant légèrement diminué en 2024 et 2025.
Mais la Dares précise que cette évolution est notamment liée à la composition de la population des indépendants et à la progression des micro-entrepreneurs, dont l’activité annuelle est en moyenne plus réduite.
Encore une fois, le raccourci « les Français travaillent moins donc ils sont plus paresseux » ne tient pas vraiment.
Les jeunes font aussi des études plus longues
Une autre donnée est souvent oubliée lorsqu’on compare les générations.
Les jeunes arrivent parfois plus tard sur le marché du travail parce qu’ils passent davantage de temps dans l’enseignement supérieur ou dans des formations professionnalisantes.
Une publication de l’Insee de 2025 souligne notamment la hausse de la durée de scolarisation depuis 2015, particulièrement dans l’enseignement supérieur.
En 2025, les 15-24 ans en emploi étaient par ailleurs beaucoup plus souvent concernés par l’alternance ou les stages que les générations plus âgées : 30,5 % d’entre eux étaient dans cette situation, selon l’Insee.
Autrement dit, une partie de ce qui peut être perçu comme une entrée « tardive » dans le monde professionnel correspond aussi à une période de formation plus longue.
Pourquoi cette génération donne-t-elle alors l’impression de moins vouloir travailler ?
C’est probablement ici que se trouve le véritable sujet.
Les jeunes générations semblent davantage remettre en question une idée longtemps considérée comme normale : le travail doit occuper la plus grande partie de la vie adulte.
Pour leurs parents, accepter de longues journées, des trajets importants ou une disponibilité permanente pouvait être perçu comme le prix à payer pour progresser professionnellement.
Pour une partie des jeunes actifs, le raisonnement est différent.
Pourquoi accepter une réunion à 19 heures si elle peut être organisée à 15 heures ?
Pourquoi effectuer une heure de trajet quotidien si le travail peut être réalisé à distance ?
Pourquoi rester dans une entreprise pendant vingt ans si une autre offre davantage de flexibilité ?
Ce ne sont pas nécessairement des signes de paresse.
Ce sont aussi des arbitrages différents.
Le paradoxe : les jeunes peuvent vouloir travailler… mais pas à n’importe quel prix
Le marché du travail révèle d’ailleurs une situation paradoxale.
Les jeunes peuvent rechercher davantage de flexibilité tout en étant confrontés à des difficultés d’insertion importantes.
En 2025, le taux de chômage des 15-24 ans atteignait 19,8 %, selon l’Insee. Il était toutefois inférieur à la moyenne des années 2010, qui s’établissait à 24,6 %.
La Dares souligne également que les moins de 30 ans sont davantage exposés que les 30-49 ans à certaines formes d’insécurité professionnelle, aux contraintes physiques et au manque d’autonomie.
Cela change considérablement la perception du problème.
Lorsqu’un jeune refuse un poste mal payé, précaire ou extrêmement contraignant, est-il réellement « fainéant » ?
Ou fait-il simplement un arbitrage différent entre rémunération, conditions de travail et temps libre ?
La réponse dépend évidemment de chaque situation.
Les réseaux sociaux renforcent-ils le cliché ?
Les réseaux sociaux jouent également un rôle dans cette perception.
Ils donnent une visibilité énorme à certains comportements : « quiet quitting », recherche de l’équilibre professionnel, refus des heures supplémentaires ou vidéos dans lesquelles des jeunes expliquent vouloir travailler le moins possible.
Mais ces contenus ne constituent pas une photographie représentative de toute une génération.
L’algorithme privilégie souvent les contenus qui provoquent des réactions.
Un jeune expliquant calmement qu’il apprécie son travail mais souhaite terminer à 17 heures est beaucoup moins spectaculaire qu’une vidéo annonçant :
« Je refuse de travailler plus de quatre jours par semaine ! »
Le cliché peut alors devenir plus visible que la réalité statistique.
Et les jeunes qui travaillent énormément ?
Il existe également une autre face du phénomène.
La génération Z compte des étudiants qui cumulent les études et les jobs, des jeunes entrepreneurs qui travaillent très longues heures, des salariés qui multiplient les missions et des indépendants qui cherchent constamment de nouveaux clients.
Les jobs étudiants restent notamment très présents.
Tuxboard s’est intéressé en 2025 aux jobs d’été qui rémunèrent le mieux à Paris, montrant que les étudiants recherchent aussi des activités permettant de financer leurs études et de gagner en autonomie.
La réalité est donc loin de l’image d’une génération refusant collectivement l’effort.
Même la recherche d’emploi demande parfois énormément d’efforts
Il suffit de regarder certaines situations individuelles pour comprendre pourquoi le cliché peut être trompeur.
En 2025, Tuxboard relatait par exemple le cas d’une diplômée ayant envoyé 250 candidatures en deux ans sans parvenir à décrocher un emploi stable. Découvrez son parcours et les difficultés rencontrées.
Ce genre de parcours rappelle une évidence : être jeune et sans emploi ne signifie pas nécessairement ne pas chercher de travail.
Le marché de l’emploi peut également produire des situations dans lesquelles les efforts fournis par les candidats ne débouchent pas immédiatement sur un poste.
La vraie différence entre les générations ?
Si différence il y a, elle se situe peut-être moins dans la quantité de travail que dans la définition de ce qu’est une vie réussie.
Les générations précédentes ont connu un modèle professionnel relativement linéaire : études, premier emploi, progression, carrière, retraite.
Les jeunes actifs évoluent dans un environnement où les carrières sont davantage susceptibles de changer, où le numérique permet de travailler différemment et où l’équilibre personnel est devenu un critère professionnel important.
Ils peuvent donc refuser certaines contraintes que leurs aînés acceptaient.
Mais refuser certaines contraintes n’est pas nécessairement refuser le travail.
Alors, la nouvelle génération est-elle vraiment la plus feignante ?
Les données disponibles ne permettent pas de l’affirmer.
Les chiffres de l’Insee montrent même que le taux d’activité des 15-64 ans est à son plus haut niveau depuis 50 ans et que le taux d’emploi atteint également un niveau historique.
Les jeunes, eux, sont davantage concernés par les études, l’alternance et des formes d’emploi qui ne ressemblent pas forcément à celles de leurs parents.
Ce qui a surtout changé, c’est peut-être le contrat psychologique avec le travail.
Pour beaucoup de jeunes, un emploi doit permettre de vivre correctement, mais il ne doit pas nécessairement définir toute l’identité d’une personne.
Et cette différence de philosophie peut facilement être interprétée par une génération comme de la paresse par la suivante.
La question n’est donc peut-être pas de savoir si les jeunes sont devenus plus feignants.
Elle serait plutôt de savoir si notre définition du travailleur « sérieux » n’est pas tout simplement restée bloquée dans le passé.