Au Royaume-Uni, des conducteurs de voiture électrique installent des bloqueurs kilométriques pour contourner la taxe au kilomètre prévue dès 2028.
Des centaines de conducteurs britanniques ont déjà trouvé la parade avant même que la loi n’entre en vigueur : équiper leur voiture électrique d’un petit boîtier capable de fausser le compteur kilométrique. Ce phénomène, qui prend de l’ampleur chaque jour, menace directement une réforme fiscale que le gouvernement britannique n’a pas encore appliquée.
Une taxe au kilomètre qui cible les voitures électriques dès 2028
À partir de 2028, le Royaume-Uni instaurera une redevance kilométrique spécifique aux véhicules à faibles émissions. Pour une voiture 100 % électrique, le tarif sera fixé à 3 pence par kilomètre parcouru, soit environ 2,2 centimes d’euro. Les conducteurs de véhicules hybrides rechargeables seront soumis à un tarif réduit de moitié, soit 1,5 pence par kilomètre.
Cette mesure répond à un problème budgétaire concret : la montée en puissance des véhicules électriques réduit mécaniquement les recettes issues des taxes sur les carburants traditionnels. Le gouvernement cherche donc à compenser ce manque à gagner. Le calcul de la redevance sera effectué lors du passage au contrôle technique obligatoire, en relevant le kilométrage enregistré par le véhicule.
C’est précisément ce point de contrôle qui constitue la faille que de nombreux automobilistes ont décidé d’exploiter.
Le boîtier bloqueur, une solution illégale mais difficile à détecter
Face à cette future taxation, un marché parallèle s’est développé à grande vitesse outre-Manche. Des dispositifs électroniques, appelés bloqueurs kilométriques, permettent d’interférer avec les calculateurs embarqués du véhicule afin de fausser l’enregistrement des distances. Leur installation est discrète et leur fonctionnement, redoutablement simple.
Via une application mobile dédiée, le conducteur choisit lui-même le niveau de fraude qu’il souhaite appliquer. Il peut ainsi bloquer totalement l’enregistrement des kilomètres, ou le réduire à 25 % ou 50 % de la distance réelle. Autrement dit, un conducteur qui parcourt 10 000 km par an peut n’en déclarer que 2 500 ou 5 000 au moment du contrôle technique.
Ces boîtiers sont commercialisés légalement, car ils sont officiellement destinés aux véhicules en phase d’essai ou de développement, hors circulation publique. Leur prix varie entre environ 200 et 900 livres sterling. En revanche, circuler sur la voie publique avec un tel dispositif installé est formellement interdit.
Ce que ça change concrètement pour les autorités et les conducteurs
Le vrai problème pour les autorités britanniques réside dans la nature amovible de ces boîtiers. Un conducteur peut très bien débrancher l’appareil juste avant de se rendre au centre de contrôle technique, puis le réinstaller ensuite. Sans trace visible, il devient extrêmement difficile d’identifier les véhicules trafiqués.
- Le boîtier s’installe discrètement sur le véhicule et interagit avec les calculateurs embarqués.
- L’utilisateur paramètre le niveau de réduction via une application mobile.
- Trois options sont disponibles : blocage total, réduction à 50 % ou réduction à 25 % du kilométrage réel.
- Le dispositif est amovible, ce qui permet de le retirer avant le contrôle technique.
- Certains revendeurs affirment écouler des centaines d’unités chaque jour.
La compatibilité de ces appareils s’étend désormais à de nombreux modèles récents, qu’il s’agisse de marques européennes ou de constructeurs asiatiques. Ce marché en pleine expansion constitue donc un casse-tête majeur pour les autorités, qui devront trouver un moyen de détecter les fraudes avant même que la taxe ne soit officiellement appliquée.
Une réforme déjà fragilisée avant son lancement
Le succès fulgurant des bloqueurs kilométriques au Royaume-Uni illustre une réalité concrète : lorsqu’une taxe est annoncée longtemps à l’avance, elle laisse le temps aux contournements de s’organiser. La résistance des propriétaires de voitures électriques s’est structurée bien avant 2028, date d’entrée en vigueur de la mesure.
Pour le gouvernement britannique, l’enjeu dépasse la simple fraude fiscale. C’est l’efficacité même de la réforme qui est en jeu. Si une part significative des conducteurs de véhicules électriques parvient à sous-déclarer ses kilomètres, les recettes attendues ne seront pas au rendez-vous. La taxe, conçue pour compenser la baisse des revenus liés aux carburants, pourrait donc manquer son objectif dès le départ.
La publication AutoCar, qui a rapporté ce phénomène, souligne que la résistance s’organise déjà à grande échelle. Certains revendeurs de bloqueurs kilométriques affirment écouler des centaines d’unités par jour, ce qui donne une idée de l’ampleur du mouvement. Pour les propriétaires d’une voiture électrique au Royaume-Uni, la question n’est plus seulement fiscale : elle devient aussi juridique, puisque rouler avec un tel dispositif expose à des sanctions.