Tuxboard - Intel prépare son retour dans la mémoire et débauche l'ancien patron de SK Hynix

Intel lorgne le marché de la mémoire et recrute l'ex-patron de SK Hynix. Ce que ce mouvement révèle sur les ambitions de la firme américaine.

Et si le prochain grand acteur de la mémoire vive était une entreprise que l’on n’attendait plus sur ce terrain ? Le recrutement surprise de Seok-Hee Lee, ancien dirigeant de SK Hynix, par Intel a mis la puce à l’oreille de toute l’industrie. Le CEO de la firme américaine, Lip-Bu Tan, a lui-même laissé entendre que ce mouvement n’était pas anodin.

Un recrutement qui dit tout sans rien confirmer

Lors d’une prise de parole publique, Lip-Bu Tan a évoqué ce qu’il appelle l’un de ses « projets de prédilection » : de nouvelles architectures mémoire. Sans dévoiler de plan précis, il a pointé l’arrivée de Seok-Hee Lee à ses côtés comme un signal clair. Lee dirigeait auparavant SK Hynix, l’un des trois grands producteurs mondiaux de mémoire vive avec Samsung et Micron. Ce choix de recrutement n’est donc pas anodin.

Lip-Bu Tan a d’ailleurs été explicite sur le message implicite : « Vous avez donc une petite idée de ce à quoi je réfléchis. Mais nous ne sommes pas encore prêts à en dévoiler davantage. » En d’autres termes, Intel s’intéresse sérieusement au marché de la mémoire, sans encore préciser sous quelle forme.

La HBM, piste la plus crédible pour Intel

Dans ce contexte, la mémoire HBM (High Bandwidth Memory) apparaît comme la candidate la plus logique. Rapide et conçue pour s’intégrer directement aux processeurs et GPU, elle est déjà présente dans la gamme Xeon Max d’Intel. La demande pour ce type de mémoire est portée par l’essor de l’intelligence artificielle, ce qui en fait un marché particulièrement lucratif.

Pour une société disposant de ses propres usines de fabrication de puces, produire de la HBM représenterait une source de revenus considérable. En revanche, cette technologie reste marginale pour le grand public : elle est réservée aux cartes de calcul dédiées à l’IA, et non aux ordinateurs ou smartphones du quotidien.

Un historique en mémoire qui invite à la prudence

Avant d’imaginer Intel dominer ce marché, il faut rappeler que la société a déjà tenté l’aventure mémoire à plusieurs reprises, avec des résultats décevants. Voici les principaux épisodes à retenir :

  • La DRAM était le cœur de métier d’Intel avant même la création du premier microprocesseur grand public, le 4004.
  • Au début des années 2000, Intel a cherché à imposer la technologie Rambus, sans succès.
  • Plus récemment, le concept 3D XPoint, commercialisé sous le nom Optane, devait faire le lien entre DRAM classique et mémoire flash. Ce projet n’a pas rencontré le succès escompté.
  • Dans le domaine des processeurs, l’intégration de mémoire eDRAM dans certains modèles a profité à des MacBook Pro équipés de la puce Iris Pro, mais c’est finalement AMD qui a transformé ce concept en succès commercial avec ses processeurs Ryzen 3D.

Ces précédents montrent que la maîtrise technique ne suffit pas : le choix du bon segment et du bon moment est tout aussi déterminant.

Un marché en pleine recomposition

Le contexte actuel rend ce retour potentiel d’Intel d’autant plus intéressant. Pendant des années, seuls Samsung, SK Hynix et Micron dominaient la production de mémoire en masse. Désormais, la société chinoise CXMT monte en puissance dans ce secteur, redessinant les équilibres. L’arrivée d’un cinquième acteur de poids, issu du monde des processeurs, changerait encore davantage la donne.

Pour les professionnels de l’IA et du calcul intensif, un Intel producteur de HBM pourrait représenter une alternative bienvenue face à une offre aujourd’hui très concentrée. Pour le grand public, en revanche, les retombées concrètes resteraient limitées, du moins dans un premier temps. Tout dépendra du type de mémoire que la firme choisira finalement de produire, une décision que Lip-Bu Tan n’est visiblement pas encore prêt à annoncer.