Le bouton Pas intéressé de TikTok ne fonctionne que quelques minutes selon une étude de l'Université Northeastern publiée en 2026.
Vous avez déjà appuyé sur « Pas intéressé » sur votre fil, et pourtant les mêmes vidéos sont revenues quelques minutes plus tard ? Ce n’est pas une impression. Une étude scientifique vient de confirmer que ce bouton n’offre qu’une protection très limitée, et que l’algorithme reprend vite le dessus.
Une étude rigoureuse pour tester le contrôle des utilisateurs
Des chercheurs du Khoury College of Computer Sciences de l’Université Northeastern ont voulu mesurer l’impact réel des signaux négatifs envoyés par les utilisateurs. Ainsi, une équipe de cinq chercheurs a conduit un audit sur l’application mobile via des comptes automatisés.
Ces comptes fantômes ont chacun été formés sur trois thématiques précises : la cuisine, le fitness et les paris sportifs. Pour cela, chaque bot a visionné plus de 200 vidéos par thème avant d’entrer dans la phase de test.
Durant la phase suivante, les comptes ont été répartis en deux groupes. Le premier se contentait de balayer la vidéo vers le haut (swipe), un signal dit implicite. Le second utilisait le bouton « Pas intéressé », accessible en appuyant longuement sur l’écran, soit un signal explicite.
« Généralement, le bouton ‘Pas intéressé’ est meilleur que le simple fait de balayer le contenu, et les utilisateurs devraient l’utiliser, mais s’ils constatent que leur flux est toujours dominé par du contenu [qu’ils n’aiment pas], notre recherche montre que c’est quelque chose qui peut arriver. » – Levi Kaplan
Le bouton fonctionne, mais seulement en partie
En pratique, le bouton « Pas intéressé » s’est révélé plus efficace que le simple swipe. Pour la cuisine et le fitness, il a donné de meilleurs résultats dans 3 tests sur 5. Pour les paris sportifs, cela a été le cas dans 4 tests sur 5.
Pourtant, même cette option explicite ne suffit pas toujours. Les chercheurs ont observé que les contenus indésirables réapparaissaient dans au moins un tiers des tests, et ce malgré l’utilisation du bouton.
Le phénomène de « rechute » algorithmique TikTok
Le point le plus frappant de l’étude reste ce que les chercheurs appellent la « rechute ». Dès que les comptes cessaient d’envoyer des signaux de rejet et recommençaient à visionner les vidéos auparavant rejetées sans les signaler, ces contenus réapparaissaient massivement dans le fil.
Ce phénomène a été observé dans la majeure partie des tests menés. Par conséquent, l’effet du bouton semble conditionnel : il ne fonctionne que tant que l’utilisateur reste actif dans son signalement.
De plus, si l’utilisateur cesse ne serait-ce que momentanément de rejeter les vidéos, l’algorithme interprète ce silence comme un regain d’intérêt. Le flux revient alors à son état initial, parfois en quelques minutes.
- Le bouton « Pas intéressé » est plus efficace que le swipe, mais pas infaillible.
- Les bénéfices s’estompent dès que l’utilisateur arrête de signaler son désintérêt.
- La « rechute » algorithmique a été observée dans la majeure partie des tests.
- Même en signalant activement, les contenus rejetés reviennent dans au moins un tiers des cas.
- L’étude a porté sur trois thématiques : la cuisine, le fitness et les paris sportifs.
Un contrôle utilisateur bien plus limité qu’annoncé
L’application propose pourtant ce bouton comme un outil de personnalisation. En théorie, il devrait permettre à chacun d’affiner son fil selon ses préférences réelles.
En pratique, les résultats montrent que ce contrôle est fragile. L’algorithme du fil « Pour toi » de TikTok reprend la main rapidement, comme si le signal négatif n’était pris en compte que de façon temporaire.
Une possible violation du droit européen par TikTok
Ce constat soulève une question juridique sérieuse. Le Pr. Piotr Sapiezynski, l’un des chercheurs de l’étude, a pointé un risque de non-conformité avec le Digital Services Act (DSA), la loi européenne sur les services numériques.
Selon lui, proposer un bouton dont l’effet est trompeur ou éphémère pourrait constituer un dark pattern, c’est-à-dire une pratique de conception qui induit l’utilisateur en erreur. Une telle pratique serait, de son point de vue, contraire au DSA de l’UE.
Par conséquent, le chercheur espère que ces résultats guideront les régulateurs européens dans leurs démarches. De son côté, l’application n’avait apporté aucune réponse à l’équipe de Northeastern au moment de la publication de l’étude.
Désormais, la question se pose aussi pour d’autres plateformes aux mécaniques similaires : dans quelle mesure les outils de contrôle offerts aux utilisateurs tiennent-ils réellement leurs promesses face à des algorithmes conçus pour maximiser l’engagement ?