En France, les panneaux solaires chinois émettent 44 g CO2/kWh selon l'ADEME, soit deux fois plus que le réseau électrique français.
Poser des panneaux solaires sur sa toiture semble être, à première vue, le geste écologique par excellence. Pourtant, dans le contexte français, la réalité du bilan carbone de ces installations réserve une vraie surprise. Les chiffres publiés par l’ADEME et RTE remettent en cause une idée reçue bien ancrée.
Une électricité française déjà très peu carbonée
La France bénéficie d’un mix électrique exceptionnel à l’échelle mondiale. Selon RTE, pour l’année 2025, l’intensité carbone de l’électricité produite en France continentale s’établit à 19,6 g eq. CO2/kWh. C’est l’un des niveaux les plus bas d’Europe.
Ce résultat s’explique par deux piliers historiques. D’abord, le parc nucléaire d’EDF : avec 61,4 GW de capacité installée, la France possède le deuxième parc civil au monde derrière les États-Unis. Ce parc représente 65 % du mix électrique et a fourni près de 360 TWh en 2024.
Par ailleurs, EDF s’appuie sur ses centrales hydroélectriques. L’hydroélectricité est la première source d’énergie renouvelable en France. Sa durée de vie dépasse souvent les 60 ans, ce qui réduit fortement son empreinte carbone sur la durée.
Le nucléaire et l’hydro, champions du bas carbone
En 2022, EDF a mesuré les émissions de son parc nucléaire sur l’ensemble du cycle de vie : extraction de l’uranium, construction, exploitation, gestion des déchets et démantèlement. Résultat, confirmé par l’ADEME : seulement 4 g eq. CO2/kWh pour le nucléaire.
L’hydroélectricité affiche, de son côté, 6 g eq. CO2/kWh selon la base Empreinte de l’ADEME. Ces deux modes de production dominent largement le mix français et tirent l’intensité carbone nationale vers le bas.
« En prenant en compte toute la durée de vie d’un panneau solaire fabriqué en Chine et utilisé en France, ce dernier produira l’équivalent de 44 grammes de CO2 pour chaque kWh produit grâce au soleil. »
Le bilan carbone des panneaux photovoltaïques en France
C’est là que la comparaison devient frappante. Selon l’ADEME, un module photovoltaïque fabriqué en Chine affiche un impact de 44 g eq. CO2/kWh. C’est plus du double de l’intensité carbone du réseau électrique français.
Autrement dit, si vous branchez votre compteur Linky, votre électricité est, en moyenne, deux fois moins carbonée que celle produite par des panneaux solaires d’origine chinoise installés sur votre toit. Ce paradoxe tient à la spécificité du mix électrique français, et non à une faiblesse du photovoltaïque en général.
Voici le classement complet des émissions par mode de production, selon la base Empreinte de l’ADEME :
- Nucléaire : 4 g eq. CO2/kWh
- Hydroélectrique : 6 g eq. CO2/kWh
- Éolien terrestre : 14,1 g eq. CO2/kWh
- Mix électrique français : 19,6 g eq. CO2/kWh
- Photovoltaïque fabriqué en Chine : 44 g eq. CO2/kWh
À titre de comparaison, une centrale à gaz émet 418 g eq. CO2/kWh, et une centrale à charbon dépasse 1 058 g eq. CO2/kWh. Le photovoltaïque reste donc très loin des énergies fossiles, même en France.
La situation en Europe est très différente
En Allemagne, le mix électrique contient encore 24 % de charbon, ce qui porte son intensité carbone à plus de 300 g eq. CO2/kWh – soit plus de dix fois le niveau français. Dans ce contexte, installer des modules photovoltaïques chez nos voisins allemands a un bénéfice climatique immédiat et réel.
La Pologne fait encore pire, avec une intensité CO2 dépassant largement les 500 g eq. CO2/kWh, son mix restant dominé par le charbon et le gaz. En revanche, la Norvège atteint près de 99 % d’électricité décarbonée grâce à l’hydroélectricité et à l’éolien.
Surproduction et batteries : les vrais enjeux pour les particuliers
Au-delà du bilan carbone, les installations photovoltaïques domestiques soulèvent un autre problème : le risque de surproduction. Les modules produisent tous au même moment, en milieu de journée, alors que la consommation des foyers est souvent plus forte le matin et le soir.
Ce phénomène a d’ailleurs provoqué des tarifs négatifs le 26 avril dernier. Avec une météo favorable sur une grande partie de l’Europe, tous les producteurs ont injecté de l’électricité en même temps. Résultat : certains étaient obligés de payer pour écouler leur production sur le réseau.
Pour y remédier, associer une batterie de stockage à son installation photovoltaïque permet de stocker l’énergie produite en journée et de la consommer le soir. C’est d’ailleurs la direction que pousse désormais l’État, en réduisant les subventions à l’injection et en favorisant l’autoconsommation.
Pour les particuliers, cette combinaison offre aussi un autre avantage : une forme d’indépendance face aux fluctuations du prix de l’électricité. Associés à une batterie, les panneaux solaires permettent parfois de couvrir une large part des besoins du foyer sans recours au réseau.
Vers des modules fabriqués en France
Le bilan carbone des panneaux solaires n’est pas figé. Selon l’ADEME, un module fabriqué en Europe affiche déjà 32,3 g eq. CO2/kWh, contre 44 g pour un modèle chinois. Un panneau produit en France devrait descendre à environ 25 g eq. CO2/kWh.
Plusieurs projets de gigafactories sont en cours dans l’Hexagone. Parmi eux, l’usine Carbon, située à Fos-sur-Mer, vise une production 100 % française. Le projet d’Holosolis à Hambach a, en revanche, été annulé. Au total, la France visait la fabrication de 40 GW de panneaux photovoltaïques par an.
Ainsi, la production locale réduira progressivement l’empreinte carbone de chaque installation. De plus, la France aura besoin de toutes les sources d’électricité bas carbone disponibles pour faire face à l’électrification massive des usages – voitures, chauffage – qui ne pourra pas reposer uniquement sur le nouveau nucléaire.
Par conséquent, les installations photovoltaïques domestiques gardent tout leur sens dans la stratégie énergétique française, à condition de raisonner sur le long terme et de prendre en compte l’origine des équipements.