Le marché des robots humanoïdes passera de 6,24 milliards en 2026 à 165 milliards en 2034. Nvidia, Google et Microsoft sont en première ligne.
Le marché de la robotique connaît une transformation sans précédent. Les robots humanoïdes s’apprêtent à révolutionner notre quotidien, aussi bien dans les usines que dans nos foyers. Pourtant, derrière ces machines se cache un écosystème complexe où les entreprises qui fourniront les composants et logiciels pourraient bien tirer leur épingle du jeu.
Un marché promis à une croissance explosive
Les chiffres donnent le vertige. Selon une étude de Fortune, le marché mondial des robots humanoïdes pourrait bondir de 6,24 milliards de dollars en 2026 à 165,13 milliards d’ici 2034. Cela représente ainsi un taux de croissance annuel moyen de 50,60%. Le secteur entre désormais dans une phase de structuration, avec l’émergence progressive d’usages en B2B et, plus marginalement, en B2C.
Les constructeurs chinois comme Unitree et AgiBot proposent déjà des modèles à des prix relativement accessibles, parfois moins de 15 000 euros. Ces machines restent principalement destinées aux développeurs ou à des usages expérimentaux. De plus, Tesla pourrait propulser le secteur dans une nouvelle dimension : Elon Musk a annoncé le lancement de la production de masse, évoquant le chiffre d’un million de robots Optimus par an.
Cependant, les constructeurs de robots ne seront pas les seuls à profiter de ce mouvement. La robotique humanoïde s’inscrit dans une industrie structurée en plusieurs couches. Par conséquent, les entreprises qui développent des composants, des puces ou encore des logiciels occupent une place centrale. Des géants tels que NVIDIA, Microsoft, Amazon ou Google DeepMind devraient ainsi figurer parmi les principaux bénéficiaires de ce marché encore émergent.
« Le marché mondial pourrait passer de 6,24 milliards de dollars en 2026 à 165,13 milliards d’ici 2034, soit un taux de croissance annuel moyen de 50,60% »
Les constructeurs engagés dans une course technologique
Le secteur des robots humanoïdes est actuellement dominé par les États-Unis et la Chine. Le gouvernement chinois en a fait une priorité stratégique et soutient massivement les entreprises nationales. Unitree, AgiBot et UBTech comptent aujourd’hui parmi les principaux acteurs chinois.
Ces entreprises ont opté pour une stratégie visant à démocratiser rapidement les robots, en proposant des modèles accessibles. Elles ont également mis en place des offres de type Robot-as-a-Service (RaaS), permettant de louer des robots à la journée pour des usages événementiels ou ponctuels. Un utilisateur chinois a ainsi récemment loué un robot pour faire sa demande en mariage.
- Tesla adapte certaines de ses usines pour produire Optimus à grande échelle
- Agility construit RoboFab avec l’objectif de produire 10 000 robots par an
- 1X Technologies à Oslo se positionne sur les usages domestiques
- Enchanted Tools en France développe Mirokaï pour les environnements de soins
- Boston Dynamics et Figure AI renforcent leur position sur le marché américain
Tesla et Agility mènent la danse aux États-Unis
Aux États-Unis, Tesla s’impose comme l’acteur le plus ambitieux. Après les voitures électriques et l’IA, Elon Musk a identifié les robots humanoïdes comme le prochain secteur porteur. Le groupe a commencé à adapter certaines de ses usines, en réduisant notamment les lignes dédiées aux Model S et Model X, afin de préparer la production d’Optimus.
La start-up Agility a adopté une approche moins ambitieuse, mais peut-être plus réaliste. Elle a construit sa propre usine, RoboFab, avec l’objectif de produire à terme 10 000 robots par an. Ses concurrents Boston Dynamics et Figure AI sont également bien positionnés pour s’imposer.
L’Europe et l’Asie ne restent pas en retrait
Le marché ne se limite pas pour autant à ces deux grands acteurs. En Europe, 1X Technologies, basée à Oslo, se positionne sur les usages domestiques. La start-up française Enchanted Tools développe les robots Mirokaï, orientés vers l’interaction humaine, notamment dans les environnements de soins.
PAL Robotics, en Espagne, et Engineered Arts, au Royaume-Uni, complètent ce paysage, avec des positionnements plus spécialisés. Le Japon (SoftBank Robotics, Honda, Toyota) ou encore la Corée du Sud (Raimbow Robotics, Hyundai Robotics) comptent également parmi les principaux fabricants.
Les géants de la tech, vrais gagnants de la révolution robotique
Les véritables gagnants pourraient se trouver du côté des fournisseurs de technologies clés, notamment les concepteurs de puces et de modèles d’IA. Le développement du marché s’accompagne en effet de la structuration d’un écosystème technologique complet. On y retrouve notamment les concepteurs de modèles d’IA servant de « conscience » aux robots, ainsi que les fabricants de puces et de semi-conducteurs.
Cette configuration du marché est comparable à celle des ordinateurs, les machines nécessitant des logiciels adaptés pour fonctionner. Les robots humanoïdes s’appuient sur des systèmes capables d’aller au-delà de la compréhension du langage pour interagir avec des environnements physiques ouverts. On parle de modèles VLA (Vision-Language-Action).
Nvidia et Google DeepMind en tête de peloton
Déjà dominante dans le secteur de l’IA, Nvidia s’impose comme un acteur clé de la robotique humanoïde. Avec son initiative Isaac GR00T, l’entreprise développe des modèles d’IA généralistes capables de piloter des robots sur une grande variété de tâches. Sa stratégie couvre l’ensemble de la chaîne de valeur : de l’entraînement des modèles sur des supercalculateurs à leur exécution embarquée via ses puces Jetson.
Dans le même temps, Google DeepMind accélère ses efforts. Le laboratoire collabore désormais avec Boston Dynamics pour intégrer son modèle Gemini au robot Atlas, avec l’ambition de lui permettre de planifier ses actions et d’apprendre de ses erreurs. Il fournit également le software du robot Apollo d’Apptronik, capable d’exécuter des tâches à partir d’instructions en langage naturel.
Microsoft et OpenAI renforcent leurs positions
Intel, Qualcomm ou encore Microsoft sont d’autres acteurs majeurs de cette révolution. Microsoft Fabric, Azure IoT Operations et Azure App Service sont déjà utilisés par le fabricant de robots américain Hexagon pour le robot humanoïde industriel AEON, capable de détecter des défauts en temps réel. Microsoft a par ailleurs investi dans la start-up Figure.
OpenAI est également présent dans ce secteur. Après une première incursion dans la robotique en 2019, l’entreprise avait mis fin à ses efforts en 2021. Mais selon plusieurs sources, OpenAI a relancé ses travaux en créant un laboratoire dédié et en recrutant des chercheurs spécialisés. OpenAI a également investi dans les start-up Figure et 1X.
La France dans la course avec Mistral AI et AMI Labs
Si la concurrence est rude, la France a une carte à jouer dans ce domaine. Elle peut notamment compter sur deux licornes, Mistral AI et AMI Labs. La première travaille sur des modèles capables d’agir et de s’intégrer à des systèmes complexes, une évolution qui pourrait converger vers la robotique humanoïde.
Quant à AMI Labs, à laquelle participe Yann LeCun, elle a fait de l’IA physique une priorité. L’entreprise a récemment levé plus d’un milliard de dollars pour développer des world models, capables de comprendre et de simuler le monde physique. Et donc d’alimenter les « cerveaux » des futurs robots humanoïdes.
Les fabricants de composants, pièces maîtresses de l’écosystème
Enfin, les fabricants des différents composants du corps des robots occuperont une place centrale dans ce nouvel écosystème. Sony fabrique des caméras permettant aux humanoïdes de voir, alors que Panasonic et LG fournissent des batteries. Le japonais Harmonic Drive et le chinois Leaderdrive fabriquent des pièces permettant de transformer la rotation des moteurs en mouvements précis et contrôlés.
D’autres acteurs devraient émerger, notamment dans le domaine des services : assurances spécialisées, maintenance et réparation, intégration de solutions robotiques ou encore formation des opérateurs. De nouveaux métiers vont naître.
L’industrie de la robotique humanoïde est ainsi comparable à celle de l’automobile, où les voitures ne représentent qu’une partie du marché. Alors qu’une étude récente de BofA Global Research estime qu’il y aura deux fois plus de robots humanoïdes que de voitures dans le monde en 2060 (3 milliards contre 1,5 milliard), cet écosystème naissant devrait rapidement s’étendre.