On a testé Until Dawn sur PS4

Fruit d’un développement plutôt chaotique débuté sur Playstation 3 courant 2012, Until Dawn s’est finalement décidé à pointer le bout de son nez en cet été 2015, le 26 août dernier pour être précis. Ce titre mêlant survival-horror et fantastique exclusif à la Playstation 4 était attendu au tournant, voici donc notre verdict.

Soyez rassurés, ce test reste volontairement très évasif en ce qui concerne l’intrigue afin que vous ne soyez pas spoilés.

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Quand Supermassive Games invente le slasher interactif

Pour faire simple, le genre slasher est un sous-genre du cinéma d’horreur qui met en scène les meurtres d’un tueur psychopathe, généralement masqué, qui élimine méthodiquement un groupe de jeunes individus, souvent à l’arme blanche. Les gars de Supermassive Games ont respecté le cahier des charges à la lettre et on se retrouve finalement face à un hommage solide et inspiré qui ravira tous les amateurs de séries B et autres slasher-movies célèbres des années 1990.

Qui dit « jeu de genre » dit codes à respecter. Si l’ensemble parait d’ailleurs téléphoné au premier abord, on se rend rapidement compte que le tout est parfaitement assumé et on se retrouve finalement face à un soft multipliant les clins d’oeil appuyés sans pour autant tomber dans la parodie de slasher-movie insipide. Les afficionados des sagas Saw ou Scream apprécieront.

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Le synopsis est des plus classiques : huit jeunes passent un séjour dans un immense chalet de millionnaire construit sur une montagne hostile et accessible uniquement grâce à un téléphérique. Ils ne sont pas ici par hasard, puisque seulement un an plus tôt, deux de leurs amies ont disparu à quelques encablures des lieux suite à une plaisanterie d’ado douteuse ayant mal tourné. Ces retrouvailles sont l’occasion pour eux d’honorer leur mémoire et évidemment la nuit risque d’être une nouvelle fois très agitée.

Si les personnages sont de véritables stéréotypes ambulants (le nerd, la fille populaire et écervelée, l’intello beau-gosse, le sportif au grand cœur…), tout cela est parfaitement assumé par l’équipe de développement qui utilise tous ces poncifs battus et rebattus pour donner une dimension très ironique à l’ensemble. Tout ce petit monde devra donc s’entraider et faire des choix déchirants afin de survivre à cette nuit d’horreur en repoussant l’étrange menace qui pèse sur lui.

Un jeu où plutôt un film dont vous êtes le héros

Vous connaissez probablement ces livres et autres albums interactifs vous proposant de vivre une expérience unique à chaque lecture en effectuant des choix qui modifient l’intrigue et la font évoluer de manière innatendue. Ce concept d’histoires à tiroirs a été parfaitement repris pour Until Dawn qui en a fait l’une de ses mécaniques principales.

Vos choix et vos actions ont souvent une importance cruciale et décideront de votre sort où de celui de vos amis, la sentence pouvant être immédiate ou différée d’ailleurs. Ce système a été sobrement baptisé « l’effet papillon ». L’effet papillon, c’est ce phénomène inexorable déclenché par des actions souvent minimes aux conséquences désastreuses et démesurées. Ainsi, ce que vous faites (ou ne faites pas) aura systématiquement une incidence sur le déroulement de l’intrigue du soft. Cela pourra aller du simple faux pas à une mort dans des circonstances atroces, douloureuses, ou les deux. Selon le directeur créatif d’Until Dawn, près de 100 fins différentes sont disponibles.

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Le soft s’articule autour d’un arbre de possibilités et d’affinités entre personnages pouvant être modifiées par vos choix ou vos trouvailles qui conditionneront évidemment leurs réactions lors de phases où des choix cruciaux devront être faits. Votre personnage pourra aussi trouver des totems (chance, mort, conseil…) durant les phases d’exploration qui auront aussi un impact sur le déroulement de l’intrigue. Chaque histoire est différente, il vous sera évidemment possible de rejouer le chapitre de votre choix afin de faire évoluer le sort des personnages après avoir préalablement bouclé l’aventure une première fois.

Il vous sera aussi possible d’en apprendre beaucoup plus sur les lieux visités et l’étrange malédiction qui semble peser sur eux via une récolte d’indices des plus classiques. Tout est ici pensé pour que le joueur ait la sensation de faire partie intégrante de cet univers glacial et menaçant.

De nombreuses influences vidéoludiques assumées

Until Dawn est donc un vibrant hommage au genre slasher, mais il dispose aussi de solides influences vidéoludiques en matière de gameplay et de possibilités narratives et scénaristiques.

En ce qui concerne la partie exploration, le jeu fait usage des caméras fixes popularisées par les sagas Alone in The Dark ou Resident Evil, et plus récemment par les jeux narratifs produits par Quantic Dream comme Heavy Rain ou Beyond Two Souls. Si cela permet évidemment aux développeurs de guider le joueur et de mettre en évidence les objets à trouver, ce parti-pris permet surtout d’accentuer la sentiment d’oppression ressenti. Le danger peut se trouver n’importe où, et cette impression ne vous quittera pas avant que les crédits de fin ne s’affichent à l’écran. Pour cette partie, on pourra parler de « couloir » puisque il vous suffit en général de suivre le chemin défini en redoutant le « jumpscare » (sursaut) où la QTE (Quick Time Event) qui mettra vos nerfs à rude épreuve.

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A la manière des jeux TellTales (The Walking Dead, The Wolf Among Us…), les phases de QTE et les phases de dialogue à choix multiples restent classiques. Le joueur devra donc enchainer les combinaisons de touches indiquées à l’écran dans le temps imparti, effectuer des rotations de joystick ou placer son viseur à l’intérieur d’une cible avant de presser la gâchette, déclenchant le tir. Sachez qu’il est possible d’alterner entre commandes classiques et gyroscopiques à tout moment. Quelque que soit la configuration choisie, le joueur devra parfois rester parfaitement immobile manette en main afin qu’il ne soit pas reperé. Cela se produira par exemple lorsque votre personnage est poursuivi et doit se cacher, et vos moindres tremblements seront synonymes de séquence ratée et les conséquences qui en découleront seront souvent punitives.

Une ambiance soignée et un travail de motion-capture souvent bluffant

Comme tout bon film d’horreur qui se respecte, Until Dawn dispose d’une direction artistique convaincante et d’une ambiance soignée. L’immense forêt de BlackWood Pines est le théâtre rêvé pour un jeu se revendiquant comme un slasher interactif. Vous empruntez donc un téléphérique pour vous rendre au sommet de cette montagne et retrouver vos amis au chalet. Ces terres enneigées recellent de drames et de mythes millénaires où le fantastique côtoie souvent l’horreur. Vous arpenterez ainsi de sombres sous-bois, des mines lugubres et serez même amené à explorer un hôpital psychiatrique aux lourds secrets où la sensation d’oppression vous étreindra plus d’une fois. Tout cela est évidemment souligné par des thèmes musicaux soignés qui soutiennent avec brio les moments forts de l’aventure.

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En ce qui concerne la partie technique, le jeu étant prévu à la base pour Playstation 3, il a été redéveloppé à l’aide du moteur graphique de Killzone Shadow Fall et le résultat est excellent. Certains souligneront probablement le fait que la majeure partie des évènements se déroulent dans une pénombre artificielle faisant office de cache-misère, mais ils seront forcés de reconnaître que le rendu à l’écran et la qualité des éclairages sont bluffants. La démarche des personnages a été retravaillée et leurs mouvements paraissent beaucoup plus fluides et naturels.

Tout cela est évidemment rendu possible par l’énorme travail de motion-capture réalisé et la présence d’acteurs confirmés au casting (parmi lesquels on retrouve Hayden Panettiere prêtant ses traits à la jeune et intrépide Sam ainsi que Peter Stormare incarnant brillamment le docteur Hill). C’est bien simple, il s’agit probablement de l’un des titres les mieux pourvus en ce qui concerne la qualité des animations faciales et de l’expressivité des personnages. A ce titre, les séquences vous confrontant au mystérieux docteur Hill valent leur pesant de cacahuètes visuellement parlant.

En conclusion

Qu’il est difficile de noter un tel jeu ! Until Dawn est définitivement un titre à part dont le fonctionnement et les mécaniques ne plairont pas à tout le monde. Sorte d’hybride entre jeu, livre dont vous êtes le héros et cinéma d’horreur, ce titre inclassable dispose d’un gameplay extrêmement minimaliste et plutôt décousu qui rebutera probablement les acharnés du joystick et plaira aux joueurs occasionnels amateurs d’expériences vidéoludiques et narratives sortant de l’ordinaire.

Notre note : 7/10

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